"Je comprends aussi que rien de ce qui concerne l'homme ne se compte ni ne se mesure. L'étendue véritable n'est point pour l'œil, elle n'est accordée qu'à l'esprit. Elle vaut ce que vaut le langage, car c'est le langage qui noue les choses."
A. de Saint-Exupèry,
Pilote de guerre

jeudi 19 novembre 2009

Javert

L'autre jour j'ai fait un peu de rangement, et j'ai "retrouvé" mon CD du musical "Les misérables", en espagnol, bien entendu. Je l'ai réécouté avec plaisir, et là j'ai rencontré encore une fois l'inspecteur Javert, l'un des personnages qui m'avait touché le plus: un autre méchant à ajouter à ma galerie. Mais n'ayant pas (encore) lu le chef d'œuvre de Victor Hugo, je ne peux parler de Javert qu'à partir de ce musical.

Son histoire est l'histoire de la confrontation entre lui et Jean Valjean; deux personnages et deux lignes de vie aussi opposées: Valjean est quelqu'un de méprisable pour les bons pensants, il marche à tâtonnements, il avance grâce à la générosité des autres (comme l'évêque de Digne) et fait aussi de grandes erreurs, fatales pour Fantine. Et pourtant...

Javert suit une ligne recte; la loi est son rempart et son guide, elle le protège et lui, il ne vit que pour elle. Pas un écart, pas une hésitation. Dans cette symbiose qu'il a avec la loi, Javert n'oublie les anciens délits qui méritent, toujours, le châtiment. Un délinquant n'est que quelqu'un qui a commis un forfait, et point. La méchanceté du personnage est due donc à cette relation si étroite avec la loi, à laquelle lui même s'identifie.

Il ne se rendra compte que plus tard, et il sera un peu trop tard pour lui. Quand ses convictions sont ébranlés il jette un coup d'œil à sa vie, et il ne résiste pas ce regard. La générosité de Valjean dépasse la froideur de Javert: un homme est plus que son étiquette, un homme est un être en devenir, s'il est capable du mal il est aussi -et combien!- capable du bien. Valjean, le voleur, traqué, harcelé et poursuivi par Javert, pardonne la vie à ce dernier. C'est trop pour Javert:



(La traduction suivante est faite à partir de la version espagnole; sur le clip vous pouvez lire et entendre la version originale anglaise.)

C'est pas possible,
il est le diable, peut-être;
j'ai été dans ses mains
et il m'a donné la liberté;
j'ai été à ses pieds aujourd'hui,
il a pu prendre sa vengeance sur moi
et échapper ainsi à la loi;
j'ai pu mourir s'il aurait voulu,
il a pu me tuer, mais il m'a pardonné.
Non, il ne peut être qu'un voleur,
maudit soit-il! si je le permets s'enfuir...
Je suis la loi, on se moque pas de la loi!
Je n'admets pas qu'il aie de la pitié pour moi.
Nous n'arriverons jamais à vivre ensemble,
il faut choisir, ou Valjean ou Javert.
Comment ça se fait, lui permettre
avoir du pouvoir sur moi?
L'homme que j'ai poursuivi
m'a donné la liberté, m'a pardonné...
Il a pu me donner la mort,
-tel était son devoir-
le mien était de mourir
et ne pas subir cet enfer.
Je suis confus, bouleversé...
croire en cet homme,
pardonner ses péchés,
oublier son délit...
Et maintenant je doute,
moi, qui n'a jamais douté!
mon cœur tressaillit;
le monde que je connais est obscurité...
Il est le ciel, ou l'enfer?
mais il sait bien
qu'en me concédant de vivre aujourd'hui
c'est la mort qui règne en moi.
Quel chemin je dois prendre?
Les étoiles sont noires,
la rosée, froide,
et la vie, malédiction.
De ce monde je dois m'enfuir,
ce monde que tolère Jean Valjean!
Ma vie a été une erreur,
je n'ai pas un lieu où aller...!

lundi 16 novembre 2009

"Yo no sé..." de Rosalia de Castro



Yo no sé lo que busco eternamente
en la tierra, en el aire y en el cielo;
yo no sé lo que busco; pero es algo
que perdí no sé cuando y que no encuentro,
aun cuando sueñe que invisible habita
en todo cuanto toco y cuanto veo.
Felicidad, no he de volver a hallarte
en la tierra, en el aire, ni en el cielo,
y aun cuando sé que existes
y no eres vano sueño!

Je ne sais pas ce que je cherche éternellement
sur terre, dans l'air, au ciel;
je ne sais pas ce que je cherche; mais c'est quelque chose
que j'ai perdue je ne sais pas quand, et que je ne trouve pas,
même quand je rêve qu'elle habite, invisible,
en tout ce que je touche, tout ce que je vois.
Bonheur, je ne vais plus te retrouver
sur terre, dans l'air, au ciel,
même si je sais que tu existes
que tu n'es pas qu'une vaine illusion!

Rosalia de Castro (1837-1885)

mercredi 11 novembre 2009

Apprendrons nous un jour?

Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas communiste.

Lorsqu’ils sont venus chercher les sociaux-démocrates
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas social-démocrate.

Lorsqu’ils sont venus chercher les syndicalistes
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas syndicaliste.

Lorsqu’ils sont venus chercher les catholiques
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas catholique.

Lorsqu’ils sont venus chercher les Juifs
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas Juif.

Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.

Martin Niemöller (1892-1984)

lundi 9 novembre 2009

"Un ramito de violetas", de Cecilia

C'est une très vieille chanson des années 70, mais elle n'a rien perdu de sa popularité en Espagne. Une histoire simple, complexité de sentiments... La voilà:



Elle était heureuse avec son mari,
malgré qu'il était un peu le diable:
l'homme avait un brin de mauvais caractère,
et elle se plaignait qu'il n'était pas tendre.
Il y a déjà plus de trois ans
qu'elle reçoit de lettres d'un inconnu,
lettres pleines de poésie
qui lui ont rendu la joie de vivre.

(Refrain)
Qui lui écrivait ces lettres, dis-moi, qui c'était?
Qui lui envoyait des fleurs le printemps?
Qui, tous le 9 de novembre,
comme d'habitude sans une carte,
lui envoyait un bouquet de violettes?

Parfois elle rêve, elle imagine
comment c'est celui qui l'aime autant:
il serait plutôt un homme aux cheveux blancs,
sourire ouvert, tendresse aux mains;
elle ne sait pas qui souffre en silence,
qui peut être son secret amour;
et elle vit ainsi de jour en jour,
avec l'illusion d'être aimée.

Et tous les soirs, quand son époux rentre
fatigué du travail, il la regarde du coin de l'œil;
il ne dit rien, car il sait tout,
il sait qu'elle est heureuse comme ça, de cette façon,
parce que c'est lui qui écrit les poèmes,
lui son amant, son amour secret!
Et elle, sans rien savoir, regarde son mari,
et puis elle garde le silence...

dimanche 8 novembre 2009

Joyeux anniversaire!

Et oui! Mine de rien, il y a déjà un an que je me suis mis à l'aventure blogueuse! 97 articles (celui ci fait le 98ème), 15 chansons traduites, 9 personnages décortiqués... Encore mieux: 2300 visiteurs environ! Merci à tous, et toutes; mais surtout à ceux qui laissent des commentaires. Et un merci très très spécial à mes lecteurs fidèles, qui viennent régulièrement faire un tour sur Arcadia.

En fait, je me rends compte, que je n'ai jamais expliqué le pourquoi du nom du blog... J'ai pris ce nom d'une phrase du roman "Retour à Brideshead", de E. Waugh; il s'agit du nom de la première partie du roman. C'est là que les personnages principales, Charles et Sébastien, vivent leur jeunesse dorée, pleine d'une délicieuse irresponsabilité, de champagne et de poésie. Cette phrase peut décrire aussi une étape de ma vie, et un lieu concret. A cette époque là, on pouvait passer toute une nuit à parler du dernier roman de tel auteur, ou des différentes versions de "Madama Butterfly", ou de la Beauté, ou des chagrins d'amour. C'est pour ça que le tableau choisi pour illustrer ce blog n'est pas celui de Poussin (entre nous, c'est un peintre qui ne me dit rien), sinon cette scène d'Apollon entouré des Muses. Il donne bien l'accent voulu pour ce site.

Mais je voudrais parler de ce qui m'a apporté cette aventure, et qu'on voit pas forcément. D'abord, il y a eu la découverte d'autres blogs. Sans quitter mon salon, il y a eu de nouveaux horizons ouverts devant moi: virtuels au début, petit à petit ils se sont concrétisés dans ma vie. Mais il y a eu aussi la découverte d'autres blogueurs: de connaissances qui se sont limités d'abord à échanges plus ou moins profonds via mail ou blog, mais qui ont fini pour devenir rencontres réelles et amitiés. Et le tout malgré l'auto-censure que je m'applique: ne pas trop parler de ma vie, ni privée ni professionnelle. Pourtant on se dévoile toujours un peu à travers l'écriture.

Bref! Cette ma première année comme auteur d'un blog m'a apporté beaucoup de richesses. Je suis donc dans la reconnaissance et l'action de grâces.