L'autre jour j'ai fait un peu de rangement, et j'ai "retrouvé" mon CD du musical "Les misérables", en espagnol, bien entendu. Je l'ai réécouté avec plaisir, et là j'ai rencontré encore une fois l'inspecteur Javert, l'un des personnages qui m'avait touché le plus: un autre méchant à ajouter à ma galerie. Mais n'ayant pas (encore) lu le chef d'œuvre de Victor Hugo, je ne peux parler de Javert qu'à partir de ce musical.
Son histoire est l'histoire de la confrontation entre lui et Jean Valjean; deux personnages et deux lignes de vie aussi opposées: Valjean est quelqu'un de méprisable pour les bons pensants, il marche à tâtonnements, il avance grâce à la générosité des autres (comme l'évêque de Digne) et fait aussi de grandes erreurs, fatales pour Fantine. Et pourtant...
Javert suit une ligne recte; la loi est son rempart et son guide, elle le protège et lui, il ne vit que pour elle. Pas un écart, pas une hésitation. Dans cette symbiose qu'il a avec la loi, Javert n'oublie les anciens délits qui méritent, toujours, le châtiment. Un délinquant n'est que quelqu'un qui a commis un forfait, et point. La méchanceté du personnage est due donc à cette relation si étroite avec la loi, à laquelle lui même s'identifie.
Il ne se rendra compte que plus tard, et il sera un peu trop tard pour lui. Quand ses convictions sont ébranlés il jette un coup d'œil à sa vie, et il ne résiste pas ce regard. La générosité de Valjean dépasse la froideur de Javert: un homme est plus que son étiquette, un homme est un être en devenir, s'il est capable du mal il est aussi -et combien!- capable du bien. Valjean, le voleur, traqué, harcelé et poursuivi par Javert, pardonne la vie à ce dernier. C'est trop pour Javert:
(La traduction suivante est faite à partir de la version espagnole; sur le clip vous pouvez lire et entendre la version originale anglaise.)
C'est pas possible,
il est le diable, peut-être;
j'ai été dans ses mains
et il m'a donné la liberté;
j'ai été à ses pieds aujourd'hui,
il a pu prendre sa vengeance sur moi
et échapper ainsi à la loi;
j'ai pu mourir s'il aurait voulu,
il a pu me tuer, mais il m'a pardonné.
Non, il ne peut être qu'un voleur,
maudit soit-il! si je le permets s'enfuir...
Je suis la loi, on se moque pas de la loi!
Je n'admets pas qu'il aie de la pitié pour moi.
Nous n'arriverons jamais à vivre ensemble,
il faut choisir, ou Valjean ou Javert.
Comment ça se fait, lui permettre
avoir du pouvoir sur moi?
L'homme que j'ai poursuivi
m'a donné la liberté, m'a pardonné...
Il a pu me donner la mort,
-tel était son devoir-
le mien était de mourir
et ne pas subir cet enfer.
Je suis confus, bouleversé...
croire en cet homme,
pardonner ses péchés,
oublier son délit...
Et maintenant je doute,
moi, qui n'a jamais douté!
mon cœur tressaillit;
le monde que je connais est obscurité...
Il est le ciel, ou l'enfer?
mais il sait bien
qu'en me concédant de vivre aujourd'hui
c'est la mort qui règne en moi.
Quel chemin je dois prendre?
Les étoiles sont noires,
la rosée, froide,
et la vie, malédiction.
De ce monde je dois m'enfuir,
ce monde que tolère Jean Valjean!
Ma vie a été une erreur,
je n'ai pas un lieu où aller...!


